C A M I N O
Je ne sais plus comment c’est venu… Je ne connaissais même pas le bouquin de Kerkeling. Mais l’envie de partir et de faire une pause loin du quotidien m’a poussée à faire mon premier pas sur le Chemin de Saint Jacques le 24 avril 2010.
C’est avec Peter, un ami anglais connu à Salamanque 6 ans plus tôt et qui a déjà fait le Camino il y a 4 ans, que je me suis lancée dans cette aventure. Hormis la délicate question du bagage, je ne m’étais pas renseignée sur ce qui m’attendait, affectionnant les surprises et me reposant sur l’expérience de Peter.
Je n’ai pas été déçue. Peter et moi avons certes dû nous séparer dès le 3e jour car nous marchions à des rythmes bien trop différents (il avait des soucis au niveau des pieds), mais finalement ce ne fut pas plus mal car cela m’a permis de vivre cette expérience seule. Et ce fut une expérience inoubliable.
De toute façon, sur le Camino, on n’est jamais vraiment seul. Que ce soit sur la route ou dans les auberges, on rencontre sans cesse des pèlerins issus de nationalités diverses et variées (quel bonheur de jongler avec les langues !) que l’on revoit de temps à autre au gré des étapes ou que l’on ne reverra jamais. Mais si on cherche la solitude, on la trouve également. Il suffit de décider, selon son humeur, si on va vers les autres ou non. Et j’ai apprécié les moments de solitude autant que les moments passés en bonne compagnie.
Je n’ai marché que pendant trois petites semaines mais ce fut une première expérience très enrichissante qui m’a donné envie de recommencer une prochaine fois, en repartant de ma dernière étape (Carrión de los Condes) et en allant jusque Finisterra (derrière Saint Jacques de Compostelle).
Bien entendu, je ne vais pas raconter mon Camino en détail sur ce blog, mais voici quelques informations et pensées en vrac. Les détails et plus de photos seront dans l’album version papier. A propos des photos, leur qualité est médiocre car j’avais décidé de n’emmener qu’un appareil photo jetable (back-to-the-roots jusqu’au bout, après on assume les conséquences !).
Les infos en vrac :
17 jours de marche
1 jour de repos (dû à une tendinite)
340 kilomètres entre Roncevaux et Carrión de los Condes
Sac à dos Osprey de 8 kg (eau comprise)
Equipement presque exclusivement Quechua
Les désagréments en vrac :
1 ampoule (ce qui est très peu)
1 tendinite à la cheville droite (un peu plus gênant et qui traîne d’ailleurs encore)
les ronfleurs la nuit
9 km sans village et sans arbre sous un soleil cognant par 30 °C (28 avril)
12 km sans village dans la forêt sous la pluie par environ 2 °C (6 mai)
Longer la nationale et supporter le boucan des camions
Ne pas avoir assez de place pour bouger ses jambes dans le sac de couchage
Les vêtements à laver quotidiennement et qui ne veulent pas toujours sécher
Les conversations entre pèlerins qui peuvent certes s’avérer passionnantes mais également être redondantes au possible : d’où viens-tu, où as-tu commencé le Camino, vas-tu jusque Saint Jacques, et les ampoules par ci et les ronfleurs par là…
Les plaisirs en vrac :
Marcher marcher marcher…
Les paysages : la montagne, les vignes, les adorables villages, leurs magnifiques églises, les lacs, les coquelicots, la forêt, le ciel…
Les animaux : buses, cigognes, hirondelles, pies, chenilles, lézards…
Le chant des oiseaux à écouter pendant des heures
Les colonies de fourmis à observer pendant des heures
La forme des nuages
Le silence
Ne jamais savoir quelle heure il est, sauf quand on passe près d’une église
Chercher les flèches et les coquilles Saint Jacques pour trouver son chemin
Se faire klaxonner par un autochtone qui indique avec de grands signes que l'on s'est trompé de chemin
Apprécier son Café con Leche et son Napolitana (pain au chocolat) comme jamais lorsqu’on vient de faire 10 km sous la pluie et dans le froid
Taper la discute avec les villageois
Passer d’une langue à l’autre dix fois dans la journée (je parle des idiomes…)
L’entre-aide entre pèlerins et de la part des autochtones : ça n’a pas de prix
Une journée typique :
7h réveil tardif dans le dortoir, la moitié des pèlerins sont déjà prêts à partir ou partis
Petit déjeuner (j’ai toujours fruits, yaourt, café lyophilisé et gâteaux avec moi)
8h au plus tard départ (c’est l’heure de fermeture des auberges de pèlerins)
Petite pause café
Petite pause sandwich
14h arrivée à l’auberge : étirements, douche, lessive
15h sieste
17h réveil, balade et courses à la supérette du village
18h journal de bord, bière
19h30 dîner avec d’autres pèlerins, soit on cuisine soit on va au restau
22h au plus tard coucher
Avant de passer aux photos, je termine par le salut dont se gratifient les pèlerins entre eux mais qu’emploient également les autochtones afin de saluer les pèlerins. Il ne s’agit pas seulement de souhaiter un bon Chemin de Saint Jacques : on souhaite que l’autre trouve ce qu’il recherche au fond de soi, qu’il fasse ses expériences, atteigne le but qu’il s’est fixé et soit heureux tout au long du chemin qu’est la vie.
Sur ce :
BUEN CAMINO
Peter et moi au départ de Roncevaux, 24/4
Chemins de montagne sous un temps magnifique entre Zubiri et Arre, 25/4
Pause près d'un lac après Pampelune, 26/4

Temps et vue superbes au col El Perdón entre Zariquiegui et Uterga, 26/4

Fond d'écran Windows découvert entre Estella et Los Arcos, 28/4

Serge de Morlaix, mon plus proche et plus fidèle compagnons de voyage, ici entre Villamayor de Monjardín et Los Arcos. C'est le fameux jour des 9 km sans village ni arbre sous 30 °C.
On s'est retrouvé par hasard à l'ombre d'une botte de foin et on a improvisé un déjeuner avec nos modestes provisions. Ayant passé la fontaine à vin de Puente La Reina à 9h ce matin-là, on avait une goutte de rouge (bue dans une coquille Saint Jacques !) pour accompagner la demi-baguette et la boîte de sardines... inoubliable !
Vignes dans la région de La Rioja, entre Ventosa et Nájera, 1/5

Quelques flocons de neige à 1000 m d'altitude avant d'arriver à San Juan de Ortega, 6/5
Il fait tellement froid que j'ai enfilé des chaussettes pour faire office de gants !
Premiers rayons de soleil après 9 jours de mauvais temps,
entre Hornillos del Camino et Hontanas, 9/5
* * *
[to be continued]